Le rap de Kodjo

Un miracle

Un concert en prison

Un concert en prison
Un concert à la prison de Fleury-Mérogis


1) Aller en prison, une joie, des questions

Le samedi 11 avril, je suis allé chanter dans un lieu particulier, où personne n'a l'habitude d'aller.
C'est à la maison d'arrêt des hommes de Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe.
Au fur et à mesure que cette journée approchait, mes à priori grandissaient : « Tous ces hommes doivent être
remplis de tristesse, qu'est-ce que je vais pouvoir leur apporter ? »

Après avoir prié pour confier cette rencontre au Seigneur, je prends le chemin de Fleury-Mérogis.
Pendant le trajet, je croise des familles qui vont rendre visite à leurs proches, détenus au même endroit.
J'arrive sur le lieu de rendez-vous et j'y retrouve les deux personnes qui ont permis la réalisation de ce projet, deux aumônières, qui me font la présentation des lieux. Après de nombreux contrôles, nous arrivons dans la salle polyvalente et je me rends compte que rien ne sera gagné. Il y a très peu de matériel technique, et ce que je trouve n'est plus vraiment d'un bel âge.
Avec cet ampli et ce micro, je pensais revenir aux origines du hip hop !
Nous essayons le matériel et mes deux dames font du mieux qu'elles peuvent mais je sens que cela va être difficile : ma voix passe mal et mes instru' ne vont guère mieux.

2) Des détenus, de l'espérance

C'est alors que les détenus commencent à faire leur entrée, et, parmi eux il y en a un qui observait la scène.
Il s'approche de nous en proposant son aide : « je travaille dans la musique, je fais du zouk ». Il pose l'ampli sur une table et s'occupe du réglage. Le miracle entame son chemin : ma voix est audible, la musique sonne, que dire de plus ? La providence divine est avec nous.

Les aumônières me présentent, je dis quelques mots et je commence à chanter. L'auditoire est attentif et j'ai
droit aux applaudissements à la fin.
Après quelques titres, je décide de parler un peu de mon parcours spirituel, puis je leur propose de me poser
des questions, d'abord avec un petit peu d'appréhension... Mais les questions fusent :
– Tu es jeune et d'origine congolaise, pourquoi tu n'es pas dans la sapologie et les femmes ?
– Est-ce que les personnes avec qui tu travailles sont tous chrétiens ?
– Pourquoi parler de l'amour de Dieu en rap ?
– Pourquoi tu n'as pas apporté de choriste avec toi ?
L'un d'entre eux me fait la remarque : « Tu vois, nous aussi on a de l'humour. »
Je leur propose de partir en Afrique avec ma chanson « Sambela » (prie en lingala) et soudain, un détenu congolais bondit et me rejoint sur scène. Son charisme ambiance toute l'assemblée et tous se mettent à battre des mains au rythme de la musique.
À la fin du set, il me demande le micro et se met à improviser en chantant des choses que je n'aurais pas oser dire, par pudeur...

« Regardez Nelson Mandela : après 25 ans de prison, il est devenu président. Regardez Joseph dans la bible : il a été prisonnier en Égypte et après il est devenu ministre... N'abandonnez pas ».
J'en vois certains sourire. Je suis ébahi.
Le concert se termine, nous échangeons quelques mots, on me demande des informations sur ma musique, et on me remercie.
L'un d'entre eux a les yeux mouillés.
Je suis marqué pour l'éternité.